Un phare dans la nuit Rennaise

Un phare dans la nuit Rennaise

Lors de l’étude du projet de réhabilitation, la soucoupe, ancien poste de commandement des liaisons téléphoniques et la tour du Centre Commun d'Études de Télévision et Télécommunications (CCETT), support d’une antenne-relais, n’ayant plus aucune fonction, ils ne pouvaient pas intégrés tels quels à la réhabilitation engagée.

De ce constat est venue l’idée de faire intervenir un artiste sur la tour antenne afin de sublimer et transformer l’image très typée France Télécom du bâtiment.

À l’issue d’un appel à candidatures à l’initiative de Jean-Paul et Vincent Legendre, cinq artistes ont proposé un projet d’intervention artistique. La proposition de Bruno Peinado s’est révélée être la plus cohérente avec la mémoire et l’architecture du bâtiment, mais également la plus réaliste et la plus pérenne, paramètres très importants pour la copropriété du Mabilay.

Cette œuvre est un phare dans la ville et le message codé qu’il émet sporadiquement est une évocation de l’histoire de ce site. 

TATITATI TATATA TATITI TI, UN CODE DANS LA VILLE par BRUNO PEINADO

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Dès la tombée de la nuit, plusieurs projecteurs s'activent et viennent éclairer, de manière variable, la partie haute de l'antenne ainsi que le ventre de la soucoupe. Cette respiration lumineuse, est basée sur le rythme de la respiration humaine.

Tel un phare urbain surgissant dans la pénombre, l'antenne se dresse alors comme un nouveau repère, accentuant encore davantage la verticalité du bâtiment chère à son concepteur. La Mabilais semble se réveiller comme un nouveau souffle dans la ville, au moment où ses occupants (le site ayant été fermé pendant de nombreuses années), travailleurs du jour, quittent quant à eux le navire.

Une communication mystérieuse avec la population

Le toit de l'antenne envoie en effet des éclats blancs de lumière. Utilisant le SCOTT, le code morse lumineux en service dans la marine depuis le 19e siècle, la tour, qui fait par ailleurs référence à l'imaginaire de Stanley Kubrick dans son film «2001 L'Odyssée de l'espace», transmet de manière aléatoire des messages codés aux habitants, telles des bouteilles jetées à la mer.

L'artiste a toujours été passionné par les codes secrets : Champollion éclairant le mystère des hiéroglyphes dans le noir de la pierre de Rosette, ou le professeur Lidenbrock chez Jules Verne faisant découvrir l'entrée du centre de la terre grâce à un message lu à l'envers. Le titre même de l'oeuvre : Tatitati tatata tatiti ti, un code dans la ville, fait référence au code morse, les séquences de « ti » et de « ta » signifiant en effet, en morse, le mot code.

La tour envoie donc dans le ciel rennais, dès la nuit, des messages subliminaux et bienveillants dont l'artiste garde le secret. Le bâtiment se retrouve entièrement plongé dans l'imaginaire de science-fiction.

Ce phare urbain, œuvre pérenne, nous donne ainsi des pistes de narrations autant liées au génie de ce lieu dédié aux télécommunications qu'à l'aventure de l'informatique, des sciences et des fictions. Le code morse lumineux nous invite à repenser que l'art, même s'il peut paraître hermétique, est un message que l'on peut déchiffrer. Tous les codes ont toujours été cassés, mais certains gardent encore leur part de mystère.

À travers son installation, Bruno Peinado se réapproprie les signes culturels issus de notre monde contemporain. En élaborant des processus, il interroge le rapport que nous entretenons avec ces signes et réinvente un environnement symbolique à partager.